Michel Vial

Michel Vial, mon professeur et ami, ami nous a quitté la nuit du 22 octobre 2014. 

Je laisse René Char dire ma peine, je ne saurais pas mieux faire. 

"Du peu de mots d'aimer j'ai peine qui fait que la phrase me faut". (Louis Aragon)

« Nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence »

 

  «  Il n’y a plus  de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s’étourdit notre affection ? Cerne après cerne,  s’il approche, c’est aussi pour s’enfuir. Son visage parfois  vient s’appliquer contre le nôtre, ne produisant qu’un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur  entre lui et nous n’est nulle part. Toutes les parties – presque excessives – d’une présence se sont d’un coup disloquées. Routine de notre vigilance. Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d’essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l’épaisseur d’une paupière tirée.

  Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence. Qu’en est-il alors ? Nous savons, nous croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s’ouvre pour lui livrer passage. Le voici à nouveau à notre hauteur, puis, loin devant, A l’heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids de l’énigme, soudain commence la douleur, celle de compagnon à compagnon, que l’archer, cette fois, ne transperce pas. »

René Char. « Éternité à Lourmarin », tiré d’une lettre à Jean-Paul Samson du 17 avril 1960,  in Albert Camus, René Char, Correspondance, 1946-1959, Gallimard, 2007, pp. 177-178.

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Brigitte Cresp,
26 oct. 2014 à 08:48
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